• Le bracelet - 2

    Une après-midi par semaine, Solange recevait sur notre terrasse des nounous qui venaient avec les petits dont elles (ils) avaient la garde. Ou bien elle emmenait Kin chez l'une (l'un) de ses collègues. Une manière de passer un agréable moment en bonne compagnie pendant que les gosses apprenaient à se socialiser. Une crèche à domicile en somme, sans domicile fixe.
    Nous échangions les recettes de cuisine. Je lui apprenais à faire le porc au caramel et le gâteau au chocolat, elle me montrait comment faire le poulet aux arachides et le foutou banane.
    Au début je faisais les courses. J'allais au marché et ramenais les légumes dont elle avait besoin pour le menu qu'elle se proposait de préparer.
    Il y en avait un à 5 minutes de la maison. Où je pouvais aller à pied. Ce marché avait la particularité d'afficher des ardoises avec les prix. C'est la première fois que je voyais ça en Afrique.
    Pas de marchandage, donc. Autant il me semble avoir su marchander tout et n'importe quoi pendant mon enfance africaine, autant cela me parut extrêmement reposant d'acheter sans discuter lors de ce retour en Afrique 15 ans plus tard.
    Jusqu'au jour où les marchands abordèrent le père de mon fils arrêté au stop du carrefour pour lui dire :
         - Ça va patron ?
         - Ça va.
         - Comment va madame Gentille ? On ne l'a pas vue aujourd'hui.
         - Vous l'appelez madame Gentille ? Répondit mon compagnon, plutôt fier de moi.
         - Oui c'est madame Gentille. Elle ne discute jamais les prix...
    Lorsque Solange l'apprit, elle me fit changer de marché.
         - Va au Petit marché, c'est beaucoup moins cher de toutes façons.
    Et elle se mit à surveiller de près mes dépenses.
         - Tu as payé combien les tomates ?
         - 200 francs.*
    Ma bonne à tout faire engueulait la bonne à rien que j'étais.
         - Tu as payé trop cher, il faut discuter plus que ça !
    Nous finîmes par y aller ensemble, c'est elle qui marchandait. Les vendeurs me voyant à ses côtés, l'interpellaient : ma sœur, fais-moi faire des affaires. Mais elle était intraitable, comme si mon porte-monnaie était le sien.
    Nous allions aussi au Grand marché de Niamey. Farfouiller dans les pagnes, les fripes, les bijoux.
    Nous nous faisions des après-midi de filles.
    Avec Kin dans mes bras ou bien emmailloté dans un pagne sur son dos.
    Solange portait souvent des pantalons. Pantalons que j'achetais pour moi sur des étals de rue. Comme il n'y avait évidemment pas de cabine d'essayage, je prenais « le risque » d'acheter sans savoir si cela allait m'aller, mais ils étaient tellement peu chers que je ne perdais pas grand chose. En général ils ne m'allaient pas. Ils allaient toujours à Solange. Je lui demandais donc son avis avant.
         - Il te plaît, celui-là ?
         - Qu'est-ce que c'est que c'est beau !, me répondait-elle extasiée.
    Je pouvais alors emporter, ce qui ne faisait pas le bonheur de l'une faisant le bonheur de l'autre.
    Rares à Niamey étaient les jeunes africaines habillées à l'européenne, à part les filles de boîte au look plus provocateur que le sien.
    En la voyant en jean, les commerçants la prenaient pour une Américaine et lui parlaient anglais.
     
     
     
    * 200 francs CFA = 4 FF
     
    19 mai 2014
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