• Isthar - 4

    L'étoile du berger
     

             - Comment il s'appelle ? Me demanda Louis.
             - Isthar.
             - Star ?
             - Isthar. C'est l'étoile du berger.
    J'étais fière du nom que je lui avais trouvé. Mais à l'usage, ce n'était pas pratique à prononcer.
    Star se claironnait plus facilement, surtout dans les moments d'urgence. Le temps de prononcer le I, cette fraction de seconde-là pouvait être fatale aux laitues. Mais je refusais d'abréger, je trouvais Star vulgaire.
    Il n'empêche, donner un nom de deux syllabes commençant par une voyelle à un chien à dresser, je déconseille.
    Je ne sifflais pas (mes essais se révélant infructueux), mais j'appliquais scrupuleusement les recommandations de Jorge. J'ordonnais et je faisais.
    Passer devant était le plus éprouvant. Pour stopper le troupeau engagé dans la mauvaise direction (les cultures, les barres, la propriété de Louis), il fallait cavaler très vite, remonter toute la file en courant (ou la redescendre) en sautant les murets de terrasses.
    Stopper Cartouche évidemment en tête. Cette bordille prenait un malin plaisir à me rendre chèvre.
    J'aimais lorsque les bêtes étaient paisibles - ça arrivait -, broutaient tranquillement ou chômaient parce qu'elles avaient la panse pleine. Je pouvais alors m'asseoir dans l'herbe. Sortir de ma musette le cahier où j'écrivais ce qui me passait par la tête ou le code de la route que je potassais, tout en gardant un œil sur elles, l'oreille aux aguets des sonnailles.
    Surveiller Cartouche...
    Elle se cachait (oui !), elle s'imaginait hors de ma vue planquée derrière un jeune olivier mais son ventre rebondi débordait.
    Je pouvais voir aussi sa tête lorsqu'elle tendait le cou pour m'observer. Danger imminent...
    Ce jour-là, avant même que je me mette debout, Isthar s'était levé et me regardait, la tête penchée, oreilles dressées. Commençait-il à comprendre ?
    Cartouche démarra brusquement, galop piqué vers la planche de choux, immédiatement suivie par sa bande dont Bakounine, le bouc noir.
    Passe devant !, criai-je en courant, le chiot sur les talons. Mais il était plus occupé à essayer de me mordiller les chaussures qu'à faire son travail de chien de berger. Il fut même un instant distrait par le code de la route que j'avais envoyé valdinguer dans mon geste. Je le rappelai avant qu'il n'entreprenne de s'y faire les dents.
    Une fois le troupeau intercepté ou détourné ou rentré, ne pas oublier de féliciter ma pelote de laine. C'est bien, mon chien. Il ne comprenait rien encore mais couinait de bonheur sous les caresses.
     

    (A suivre)
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  • Commentaires

    1
    Franck S. A.
    Jeudi 18 Février 2016 à 18:03

    Tu as essayé avec un Y ? Ysthar... non plus ?

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