• Hier nous avons passé la nuit ensemble, à parler et à rire.
    Je dis la nuit parce que c'était la nuit mais en réalité dans le rêve il faisait jour.
    C'était le matin et nous étions tous les deux dans un très beau paysage, un peu comme chez toi, un peu comme chez moi.
    Tu m'avais dessiné une petite maison. Tu m'as dit : C'est ta maison, c'est là où tu habites.
    J'ai répondu qu'elle manquait encore un peu de fenêtre alors tu en as rajouté une.
    Ce n'était plus que de la lumière.
    Nous avons entendu des voix et nous avons vu des manifestants contre le barrage de Sivens.
    Ils arrivaient par les hautes herbes et nous jetaient dessus des boules de pétanque qui explosaient comme des cocktails molotov.
    Nous n'arrivions pas à leur faire entendre que nous étions avec eux. J'ai appelé mon fils pour qu'il leur explique et aussi parce que ça lui plairait d'être là.
    Mais ils continuaient à tirer. Alors nous avons sauté par la dernière fenêtre que tu avais dessinée et nous nous sommes réfugiés dans une grange. Nous y avons passé la nuit à parler et à rire.
    Je dis la nuit mais il faisait jour. Un faisceau de soleil tombait par le créneau d'un toit éventré et la poussière du foin y faisait des paillettes.
    Je dis la nuit parce que j'avais pleinement conscience que je dormais. Et que le jour viendrait avec l'acuité de ton absence.
    Si je pouvais toujours rêver comme ça, je n'aurais plus aucune appréhension à dormir.
    La nuit, je passerais mes journées à parler et à rire avec toi.


    5 décembre 2014

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  • On m'a dit : Votre problème, c'est ça, vous manquez de racines.
    Pour être bien dans votre vie, vous devez prendre racine. Enracinez-vous.
    Imaginez que vous êtes un arbre.
    Imaginez que vos pieds pénètrent dans le sol. Qu'il en sort des racines qui s'enfoncent profondément dans la terre. Vous allez sentir que vous basculez en avant.
    Imaginez alors qu'un fil invisible vous tire le sommet du crâne vers le plafond.
    Vous avez des branches qui poussent de votre tête et s'élèvent haut, très haut, jusqu'à toucher le ciel.
    Vous vous sentirez basculer en arrière.
    Alors j'ai essayé.
    Les pieds bien à plat, je me suis enfoncée dans le carrelage. C'est d'autant plus méritoire que le carrelage est froid, j'ai les pieds gelés.
    N'ayant pas de tapis, j'ai plié une serviette de bain par terre et j'ai recommencé.
    J'ai pensé que je devenais lourde, très lourde. Si lourde, que mes pieds passaient à travers la serviette, les carreaux, le béton. Il ne doit pas y avoir de vide sanitaire là-dessous, sinon je n'aurais pas si froid aux pieds.
    Je dis Tais-toi à la voix dans ma tête et je me reconcentre.
    Mes pieds sont lourds, donc.
    Ils crèvent le béton, je m'enfonce, je m'enfonce. Le froid enserre mes chevilles maintenant.
    Je ramasse ma serviette et déménage dans la chambre inoccupée de mon fils où le sol n'est pas carrelé mais en parquet flottant.
    C'est par là que j'aurais dû commencer, c'est nettement moins froid.
    Je m'enfonce, donc.
    Des racines commencent à me pousser aux orteils, à la plante des pieds.
    Elles traversent le plancher, fouissent dans la terre (il doit bien y avoir un peu de terre tout là-bas dessous, non ?) et je sens que je bascule en avant.
    J'imagine alors que des branches me sortent de la tête et me tirent vers le haut.
    Là, c'est plus facile. Je grandis, je grandis, je ne vais pas tarder à toucher le plafond.
    Quel arbre suis-je ? Un flamboyant, ça me plairait bien mais les branches s'étalent à l'horizontale.
    Au fait, qu'est-ce que je fais de mes mains ?
    Je les lève à mi-hauteur, ça fait plus branches.
    C'est pas bien un flamboyant ? Plus tard, un flamboyant. Quand tu sauras devenir un arbre bien enraciné en 5 minutes. Parce que pousser à l'horizontale avec le temps que tu mets, tu n'es pas près de toucher le ciel.
    Un arbre qui monte au ciel tout direct, je vois un cyprès. Zut, j'aime pas. Ça fait cimetière.
    Je veux bien prendre racines mais pas m'enterrer.
    Bon alors j'opte pour un chêne. C'est un arbre que je connais bien, je le visualise parfaitement.
    Je grandis, donc.
    Les branches percent le plafond. Un plafond, deux plafonds, trois plafonds...
    Heureusement pour les racines je suis au rez-de-chaussée.
    … percent le plafond, donc.
    Je touche le ciel maintenant. L'horizon est sans limites et je respire. Il me semble être en terrain connu.
    Je sens que je bascule en arrière. Pour rétablir l'équilibre je reviens à mes pieds. J'ai les racines qui pff...
    Rien à faire.
    J'ai bien les pensées qui voguent dans l'océan ciel où les nuages moutonnent mais le problème c'est Est-ce que j'ai vraiment envie de m'enraciner là ?
    Sur ce parquet flottant j'ai des racines flottantes qui ne veulent pas s'ancrer.

    Il faudrait bien qu'un jour je puisse prendre racine. Prendre racine comme on prend un époux :
    il faudrait bien qu'un jour j'épouse ma vie. De plain-pied, sans basculer en arrière.

    27 novembre 2014


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  • Mes ados sont toujours heureux à l'heure du repas.
    Le mien n'est pas toujours là, son copain que j'héberge, oui.
    Mon colocataire a un appétit gargantuesque et la gentillesse à la mesure de son estomac.
    Ces deux-là ne sont pas difficiles, ils aiment tout. Même une bête soupe.

    - Ta soupe, elle déchire (trois assiettes chacun).
    - Il en reste, tu ne veux pas la finir ? 

    Coup d'œil dans la casserole.

    - Boh oueuh, ça doit rentrer, ça... (sous-entendu dans l'estomac).
    - Ouf ! Ça doit venir de là l'expression gros plein d'soupe.
     
    Je pensais qu'ils allaient caler sur les patates sautées (une assiette chacun) mais :

    - Les patates comme ça, ça appelle bien un p'tit fromage après.
    - Vous avez encore faim ?
    - Boh vite fait comme ça...
    - C'est un repas de gros (!?), après un repas de gros, le fromage ça l'fait.
    - Il envoie, ce fromage...
    - Ouais grave !
    - Il y a des lychees aussi.
    - Waouh, ça fait 20 ans que j'ai pas mangé de lychees (il en a 19).
    - Et toi, tu en veux ?
    - Autre que... !
    - Putain moi faut que j'me mette debout pour faire descendre.
    - Moi aussi !
     

    Ils déplient alors tous deux leurs silhouettes à la Duduche
    (on se demande où ils ont mis tout ça).

    - Bon ben maintenant on va faire une p'tite vaisselle...
    - ... pour faire digérer ...
     
    Je suis toujours heureuse de préparer le repas pour mes ados.

     

    14 janvier 2012

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  • Pour Lulu

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  • La tête appuyée contre la vitre, je me laisse conduire.
    L'épuisement a couché mes pensées.
    Je regarde la route défiler, je me dévide de moi-même.
    Radio Nostalgie m'enveloppe d'une torpeur sirupeuse.
    Mon attention est repêchée par la voix de Mick Jagger qui retentit dans l'habitacle mais le premier refrain d'Angie est l'instant que choisit le chauffeur du taxi pour basculer sur MFM.
    Agressivité du jingle.
    L'épuisement a couché mes colères.
    La perfusion a insufflé la soif dans mes veines.
    Je suis possédée par la soif.
    Je ne suis plus que cela, d'une chimie inaltérable.
    Je ferme les yeux, extraite.
    Je revois cet instant, la porte ouverte et son pas franchi :
    franchi par le soleil, franchi par le piano porté par quatre amis.
    J'en avais été éclaboussée.
    Et par le soleil, et par la pensée que c'était le piano du condamné.

    Aujourd'hui est plus qu'un sursis.
    Aujourd'hui est une vie graciée.
    Le salpêtre envahit de saupoudre cristal l'ubac des façades,
    la rouille grimpe à l'assaut des volutes forgées,
    j'ai franchi le pas à l'envers du soleil.

    Le soleil baigne encore ce piano quelque part
    où je peinais mes notes.

     

    27 mars 2011

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