• Aujourd'hui lundi.
    Tous les lundis matin je fais du Tai Chi.
    C'est-à-dire que...
    Ça fait deux mois que j'ai commencé.
    A y penser, je veux dire.
    Je fais du Tai Chi avec Martine. Nous nous sommes motivées toutes les deux.
    Ça fait beaucoup de bien au corps, au cœur, à la tête. Pour la respiration y a pas mieux.
    J'ai cours tous les lundis matin de 10 h à 11 h 30. Ce sont les horaires d'hiver.
    C'est gratuit et ça se passe en plein air.
    Bon, la première fois, il a plu des cordes, nous n'avons pas pu y aller.
    Le lundi suivant, décidément c'est pas de chance, j'ai consulté la météo le dimanche soir et ils annonçaient encore un sale temps. Alors j'ai traîné, sachant que je n'avais pas à mettre mon réveil.
    J'ai passé presque une nuit blanche, à écrire, à écouter de la musique, à bidouiller sur ma table de montage vidéo.
    Le jour se levait quand je me suis enfin endormie.
    Je me suis réveillée tard. Les météorologues devraient penser à regarder par la fenêtre avant d'annoncer le temps qu'il fait. Il y avait un grand soleil. Zut, trop tard pour aller au cours de Tai Chi, c'était déjà lundi et quart !
    J'ai téléphoné à Martine pour savoir comment c'était, le cours ? Mais elle avait tout simplement oublié d'y aller.
    Bon promis, lundi prochain on y va. Motivées. Ça fait trop de bien au corps, au cœur, à la tête.
    Depuis, il pleut tous les lundis.
    Ou alors j'ai un truc urgent important et prioritaire à faire.
    Ou alors je ne suis pas là.
    Ou alors comme ce matin, j'oublie. Il était déjà lundi et demi quand j'ai réalisé que c'était le jour du Tai Chi.
    Ça fait longtemps que je n'ai pas revu ni même appelé Martine. On ne se voit plus depuis qu'on fait du Tai Chi.
    Bientôt ça va être les horaires d'été : de 8 h à 10 h 30. Je sens que ça va être encore plus lundi trop tard.
    Si ça continue, j'arrête.

     
     
    4 mars 2013
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  • Vous ne pouvez pas manger comme ça.
    C'est la première chose qu'elle m'ait dite.
    J'étais dans un brouillard de morphine, à peine consciente d'avoir un plateau-repas devant moi.
    Elle a redressé le dossier de mon lit, je pouvais tremper la cuillère dans le bol de soupe.
    Je crois que je lui ai dit merci, je ne me souviens pas bien.
    Je la regardais laver le sol et je la trouvais belle.
    Pourquoi trouvais-je qu'elle avait une aura, quelque chose de différent des autres ?
    Peut-être son attention, son humanité obstinée dans ce milieu inhospitalier. Humanité abandonnée par le personnel, par manque de temps ou par manque de conviction.
    Peut-être ce regard longuement échangé, lorsque nous vîmes ensemble gesticuler Marine dans la télé de ma voisine...
    Un regard bleu auquel je m'accrochai comme une bouée.
    Dès lors il y eut ce que j'appelais les jours d'Elle et les jours sans.
    Au début je ne savais pas son nom.
    Les jours d'Elle, je mangeais mieux parce qu'elle me redressait pour le faire.
    Elle était la seule à y penser et j'étais trop shootée pour le demander aux femmes qui la remplaçaient les jours sans.
    Nous échangions peu de paroles.
    Bonjour, merci, au revoir.
    Elle me grondait de ne pas finir ma soupe.
    Elle avait les cheveux gris roulés en chignon sur sa nuque, la cinquantaine corpulente et fatiguée.
    Un léger accent dans la voix. Elle faisait chanter la dernière syllabe.
    Un jour j'ai pu parler. Je lui ai demandé son nom et de quelle origine elle était.
    Elle s'appelait Mira. Son père était libanais et sa mère égyptienne.
    Nous avons parlé d'Afrique. Elle avait travaillé plusieurs années au Tchad au sein de Médecin sans frontières.
    Car avec son balai et son torchon, dans sa blouse bleue d'agent de service, elle était médecin.
    Son diplôme ne passait pas la frontière.
    Elle espérait une validation, attendait une réponse pour un poste de médecin dans un hôpital à Vichy.
    Elle avait de toutes façons l'intention de quitter la clinique.
    Elle avait trois fils. Les deux premiers faisaient des études de médecine, le troisième était encore au collège.
    Elle m'a fait part de ses désillusions, de sa solitude, du racisme ambiant auquel elle avait à faire face.
    Elle rêvait d'aller en Asie.
    Il y a un article sur le Vietnam dans le dernier Géo, vous voulez le lire ?
    Elle était allée le chercher dans son casier du vestiaire et me l'avait ramené.
    Puis elle était partie faire le ménage des autres chambres.
    Les jours sans me paraissaient encore plus vides. Je l'attendais.
    Mais les jours d'Elle étaient comme une bouffée d'air.
    Elle m'apportait cet air qui manquait à l'espace confiné de la douleur.
    Elle avait quelque chose d'un souffle.
    Elle aimait bien s'attarder dans ma chambre.
    Elle avait besoin de raconter et j'aimais l'écouter.
    Je voyageais. Elle évoquait les rivages du Nil et le cèdre bleu.
    Je ne sais pourquoi, je pensais à cet échiquier en bois de santal que l'on m'avait offert.
    Je la voyais se déplacer dans son Histoire.
    Une reine de Santal prise dans la diagonale des fous.
    Il me semblait que je tenais là l'explication de mon hospitalisation :
    je me retrouvais coincée dans cette clinique parce qu'il était écrit que je devais la rencontrer.
    Nous nous étions promis de garder le contact.
    Le jour de ma sortie, je ne l'ai d'abord pas vue. J'ai demandé à la femme qui apportait le petit-déjeuner si Mira était là. Elle a eu l'air d'hésiter comme si elle ne voyait pas de qui je parlais.
    J'ai griffonné à la hâte sur une feuille de carnet mon nom et mon numéro de téléphone. Réfléchissant à qui je pouvais la remettre. A l'infirmière ?
    C'est alors qu'elle est entrée, en même temps que les ambulanciers qui venaient me chercher.
    Sans blouse bleue. Ce n'était pas son jour de travail, elle était venue exprès.
    Nous avons échangé nos bouts de papier. Elle marchait à côté du brancard en me tenant la main. Elle m'a dit : Je viendrai vous voir. Je vous le promets.
     
    C'est tout.
    J'ai appelé plusieurs fois. Plusieurs mois après. A chaque fois je suis tombée sur la messagerie. Une voix adolescente :
    Vous êtes bien sur le portable de Mahmoud.
    Son fils ? J'ai laissé un message mais elle ne m'a jamais rappelée.
    Si je ne dois jamais la revoir, alors à quoi servait mon hospitalisation ?
     
     
     
    28 mars 2013
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  • Le givre comme une fine croûte de sel à la surface du sol brûlé. Un arbuste isolé : maigre rejet de chêne ou bien un petit pin souffreteux. Des mouches silencieuses couleur d'ambre frisent dans la lumière du contre-jour. Leur envol est lent et lourd et tardif à mon approche. Elles sont comme saoules du parfum de la terre. Les laisser atterrir à nouveau. Les laisser cibler. Elles sont au moins trois. Trois repères posés sur une carte au trésor. Elles frémissent sous le vent mais ne bougent pas malgré la main. La main qui fouit sous elles et recueille une poignée de terre. D'abord ici, ensuite là. Ici, la terre sent la terre. L'humus. Le sous-bois. Mais là... là elle sent... le sentu*. Plaisir du parfum de truffe. Plus exactement, le plaisir du parfum de la terre qui sent la truffe. Ce n'est pas la même odeur, je la trouve infiniment meilleure que l'arôme de la truffe elle-même.
    Enfoncer alors précautionneusement le tournevis (les chercheurs de truffes ont sans doute d'autres outils mais mon gros tournevis ébréché faisait très bien l'affaire). Humer encore. Il arrive que le sentu disparaisse. Volatilisé. Chercher dix centimètres plus loin. Ou vingt. Jusqu'à capter à nouveau le parfum. Jusqu'à ce qu'il se précise. Le tournevis soulève la croûte de givre et la main creuse. Parfois les truffes affleurent à la surface, parfois il faut creuser plus profond. L'impression que la terre cède soudain. Une sorte de minuscule éboulis. Une impression de tiédeur aussi. Le sol semble avoir changé de température. Il n'est plus nécessaire de prendre une poignée de terre pour la sentir parce que l'odeur exhale, envahit les narines, le cerveau, les papilles gustatives. Ce n'est plus nécessaire mais je ne peux m'en empêcher. Sniffer encore et encore. Shootée comme les mouches têtues collées au déblai.
    Toucher enfin du bout des doigts une sphère granuleuse, avant même de la voir. Là, il faut poser le tournevis afin de ne rien abîmer. Faire durer le plaisir de la découverte. Je travaillerais avec un pinceau d'archéologue si j'en avais un. Retirer la terre pincée par pincée. Dégager délicatement les racines du chêne ou du pin qui traversent le ravin miniature que je viens de creuser. Le trésor est là. Le diamant noir. Petite boule verruqueuse plus ou moins cabossée que l'on détache de son nid à peine visible de mycélium filandreux. Il arrive que le tournevis fasse un éclat dans la chair veinée de ridules fines. Une grappe de truffes quelques fois. Le plaisir de les tenir dans la main, dans les deux mains quand la grappe est généreuse. Avant de repartir, reboucher le trou soigneusement. Non sans avoir porté une dernière fois aux narines le parfum de la terre qui sent la truffe. Ce n'est pas la même odeur, je la trouve infiniment meilleure. Et rentrer en annonçant triomphalement qu'il y avait du sentu. De la terre sur le bout du nez.

    Par la suite j'avais dressé mes chiennes à trouver les truffes. Le cavage avec elles était un plaisir différent.
    Il nous arrivait de rentrer bredouilles, il y a des jours où il n'y a pas de sentu. Mais il leur arrivait de détecter les truffes qui n'étaient pas même bien mûres et qui avaient donc peu de parfum.
    Et puis ça allait trop vite, c'était trop facile. Je n'avais plus le plaisir de scruter le sol et l'air pour braconner les mouches dorées. Je n'avais surtout plus le plaisir du sentu. La première chienne donnait trois coups de griffes à la surface du sol et n'attendait pas que j'aie extirpé la truffe pour réclamer une friandise. Elle plongeait directement son museau dans la large poche de ma veste pour se servir elle-même (des croquettes ou des biscuits, au début c'était des morceaux de gruyère car c'est avec du gruyère que je l'avais dressée).
    Quand plus tard j'ai dressé la seconde chienne, j'avais décidé de ne donner la récompense qu'au retour à la maison. Celle-ci creusait frénétiquement, au risque d'éjecter la truffe et de l'ensevelir dans le déblai. Je l'arrêtais pour pouvoir travailler avec mon tournevis et mes mains mais elle était si excitée d'avoir trouvé, si joyeuse de m'avoir fait plaisir, qu'elle me labourait la figure avec ses griffes dans l'attente d'une caresse. Ou bien elle se vautrait les quatre pattes en l'air dans le trou qu'elle venait de faire.
    Elle ne me donnait pas le temps de respirer le parfum de la terre qui sent la truffe. Ce n'est pas la même odeur, je la trouve infiniment meilleure.




    *   Le sentu est un terme maison. Ce n'est pas un vrai mot de rabassier.
     
    27 janvier 2013
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  • Mai 1993.
    Mahamane Ousmane, le nouveau président du Niger annonce que les fonctionnaires seront payés dès demain. Depuis ce matin, son discours passe en boucle à la radio. J'éteins La Voix du Sahel en soupirant. Ce n'est pas trop tôt.
    Quelqu'un a secoué la cloche du portail et je vais ouvrir, mon fils sur la hanche.
    Une grande femme mince se tient devant moi. Drapée d'un riche pagne vert de bazin brodé.
             - Bonjour, je suis votre voisine.
    Je ne l'avais jamais vue. Derrière l'immense mur mitoyen, je n'entendais que des voix de femmes et des rires d'enfants. Elle est belle, avec son visage encadré de longues tresses fines perlées de blanc à chaque extrémité.
    Je me demande vaguement s'il y a un problème, si nous n'avons pas fait trop de bruit la veille avec nos amis... ? Je l'invite à s'asseoir sur la terrasse tandis qu'elle m'explique :
            - Je viens vous demander de l'aide. Pouvez-vous me prêter 5000 francs* pour acheter 25 kg de riz? Nous n'avons plus rien à manger, mon mari n'a pas été payé depuis trois mois. Il est instituteur à l'école en face.
    Les anneaux dorés tintent à son bras dans le geste gracieux qu'elle fait en direction de l'école derrière le portail.
    Depuis que nous sommes arrivés à Niamey, je n'ai vu cette école ouverte qu'une quinzaine de jours en tout. Quinze jours en six mois, c'est peu. Les enseignants y sont continuellement en grève. A cause des salaires qui ne leur sont pas versés.
            - Il va être payé demain, le président l'a dit.
            - Je sais, j'ai entendu.
    J'ai posé mon petit endormi sur la banquette. Elle me sourit timidement.
            - Vous connaissez mon fils, il est venu jouer avec le vôtre, hier.
    La veille effectivement, alors que mon petit garçon barbotait dans sa petite piscine gonflable, j'avais entendu des voix d'enfants l'interpeller : anassara** ! J'avais levé la tête. Au-dessus du mur qui nous sépare des voisins, une brochette de bouilles hilares. Six mômes regardaient avec envie mon fils s'ébattre dans l'eau. Il faisait si chaud...
            - Anassara !
            - Venez, leur dis-je
    Ils ne s'étaient pas faits prier, ils étaient arrivés dans une joyeuse bousculade. L'aîné devait avoir 6 ou 7 ans, la plus jeune était plus âgée que mon fils et devait avoir 3 ans. Ils avaient envahi la terrasse, sauté dans la piscine pour rafraîchir la plante de leurs pieds nus brûlés par le dallage bouillant, éclaboussé partout, poussé les petites voitures, enfourché le cheval à roulettes, joué avec les balles, sous l'oeil ébahi et ravi de mon gamin. Ils pépiaient comme des moineaux.
            - Mon fils, c'est celui qui a le teint clair, précise ma visiteuse.
    Oui peut-être, je me souviens d'un petit garçon au teint clair comme celui de la dame. Je ne parviens pas à me remémorer suffisamment son visage pour établir une ressemblance. Ils avaient joué un moment avec mon fils puis étaient repartis brusquement, comme à un signal mystérieux. Avaient-ils entendu une mère les appeler ?
           - Il n'y a vraiment plus rien à manger à la maison. Je vais acheter un sac de riz et je vous rendrai l'argent.
    Je pense bien, qu'elle va me le rendre, cet argent. Je la regarde, cette princesse. Tellement de classe dans ses gestes, son port de tête. Je pense à sa dignité. Je mesure tout le courage qu'elle a dû avoir pour venir frapper à ma porte et quémander de quoi nourrir sa famille, ces enfants même père/pas même mère.
    Je lui donne 5000 francs que j'ai auparavant glissés dans une enveloppe, je ne sais pourquoi. Par pudeur, pour protéger sa fierté...

     
     
     
    Le soir, je raconte cette histoire à notre ami Aliou. Il rit.
            - Tu t'es faite avoir.
            - Pourquoi ?
           - Elle s'habille bien et elle vient demander de l'argent en se faisant passer pour la voisine. Elle est connue dans tout Niamey.
     
    Bon.
    Admettons.
    Elle a utilisé ses talents de comédienne. Elle a utilisé la situation mais c'était peut-être la sienne, après tout ? Femme de fonctionnaire sans revenus (il faudra encore attendre trois mois de plus pour qu'une partie du salaire promis soit enfin versé, finalement), voire pire, femme de rien.
    Elle aura peut-être utilisé ces 5000 francs pour acheter vraiment un sac de riz ?

     
     
     
     
     
     
     
    * 5000 francs CFA=100 FF avant la dévaluation
    **anassara veut dire « le Blanc » au Niger. 

     
    14 janvier 2013
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  • Port-Gentil. Mon frère Jack se passionna pour la chasse sous-marine.
    A 10 ans il fabriqua son premier fusil-harpon avec une règle d'écolier en plastique rouge à laquelle il avait fixé un élastique en guise de sandow, une pique à brochette lui servant de flèche.
    La mer au Gabon pullulait de poissons. L'eau était si claire que l'on pouvait les voir nager sans porter de masque, pour qui ne craignait pas la brûlure du sel dans les yeux ouverts.
    Première plongée : Jack ficha au bout de sa brochette un premier petit mandarosse, puis un deuxième, puis un troisième... Il en pêcha ainsi une dizaine que nous mangeâmes grillés sur un feu de bois improvisé.
    Mes parents décidèrent alors de lui offrir un masque, un tuba, des palmes et un vrai fusil-harpon.
    Ainsi équipé, ce ne fut plus une passion mais une seconde nature. Mon frère ne cessa d'alimenter la famille en poissons de toutes sortes. De plus en plus gros car il allait les pêcher de plus en plus loin, de plus en plus profond. Rouges, mulets, daurades, barracudas... Il ramenait aussi des raies pastenague que nous mangions au beurre noir avec des câpres. Un régal !
    Mes parents avaient une amie, madame Joffre. Jack avait 12 ans lorsqu'elle lui proposa de lui acheter une ou deux raies par semaine.
    Mon frère, chaque dimanche soir, livra donc madame Joffre, ses raies attachées au porte-bagages de son vélo.
    Cela dura plusieurs dimanches.
    Jusqu'au jour où...
    Ce soir-là, il n'avait qu'une raie. Mais elle était de taille respectable. Il l'avait comme à son habitude attachée à l'arrière de son vélo.
    Route recouverte d'un goudron improbable envahi de sable, de rares lampadaires aux lueurs très jaunes sous lesquels des lycéens faisaient leurs devoirs, n'ayant pas l'électricité chez eux.
    Mon frère pédalait vite, tout à ses pensées.
    L'euphorie d'une bonne journée sous-marine, plus la fatigue de l'eau et du soleil, plus la joie mêlée de fierté de gagner son argent en allant livrer le butin de sa pêche...
    Cette raie était large, donc. Avec ses 60 cm de diamètre, ses ailes débordaient amplement du porte-bagages. Et la queue aussi. C'est long, la queue d'une raie. Ça pendouille et ça ballote. Elle pendouillait tellement qu'elle se prit dans les rayons de la roue lorsque Jack amorça un virage. Cela déséquilibra le vélo qui partit en zigzag. Un piéton traversait la route. Occupé à tenir le guidon qui ne lui obéissait plus, Jack n'eut pas le temps de freiner. Il ne put éviter la collision.
    Vols planés. Mon frère d'un côté, la raie de l'autre. Les jambes du piéton emmêlées dans les pédales.
    Jack n'avait que quelques égratignures aux mains et aux avant-bras, la raie avait la chair incrustée de grains de sable. Quant à l'homme, il se releva en vociférant, se plaignant de l'accroc qu'il avait à son pantalon, une petite déchirure au niveau du genou.
    Il suivit mon frère jusqu'à la maison. Palabres...
    Mes parents durent donner de l'argent pour payer le pantalon. Ils firent tout au moins  l'avance, charge à mon frère de les rembourser ensuite.
    Mon père voulut donner à Jack une punition pédagogique. Il lui demanda d'écrire une rédaction pour raconter l'événement.
           - Et tu me fais une conclusion pour dégager la morale de cette histoire.
    Mon frère s'y attela, peinant potache sur sa copie.
    Lorsqu'il eut terminé, il l'apporta à mon père. Celui-ci la lut en silence jusqu'à la fin.
    Mais arrivé à la conclusion, il se mit à bégayer :
          - Mais... Mais... !
    Il en écarquillait les yeux. J'entends encore sa grosse voix :
          - Mais... Mais... !
    Il tendit la rédaction à ma mère :
          - Regarde ce qu'il a écrit, ton fils...
                                  
                                   La morale de cette histoire :
                             Je n'apporterai plus jamais de raies à madame Joffre.
     
    10 janvier 2013
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